Bilinguisme chez l’enfant : conseils et enjeux
Bilinguisme chez l’enfant : comprendre, accompagner et valoriser une richesse cognitive et culturelle
Rencontre avec Laetitia de Bailliencourt, responsable pédagogique et orthopédagogue
Dans un contexte de mobilité internationale croissante, de nombreuses familles expatriées élèvent leurs enfants dans un environnement plurilingue. Entre la langue du pays d’accueil, la langue de la maison et parfois une troisième langue scolaire, le bilinguisme (ou plurilinguisme) devient la norme plutôt que l’exception.
« Les limites de ma langue sont les limites de mon monde », disait Wittgenstein, soulignant ainsi le rôle fondamental du langage dans la construction de la pensée et de l’ouverture au monde.
Laetitia de Bailliencourt, responsable pédagogique au Cours Sainte-Anne (école à distance du groupe CEDRE France) et experte en orthopédagogie, répond à nos questions.
Qu’est-ce que le bilinguisme ?
Le bilinguisme ne se résume pas à “parler deux langues”. Il existe différentes formes d’exposition linguistique :
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le bilinguisme simultané (dès la naissance),
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le bilinguisme successif (après l’acquisition de la première langue).
Être bilingue, c’est utiliser une ou plusieurs langues dans des contextes variés, avec des niveaux d’exposition différents. On peut également distinguer bilinguisme individuel et multilinguisme sociétal : certains pays intègrent naturellement plusieurs langues dans leur fonctionnement quotidien, ce qui influence fortement le développement des enfants.
C’est donc surtout l’environnement qui influence le bilinguisme ?
Le contexte émotionnel est en effet très important dans l’acquisition des langues. L’affectif joue un rôle essentiel dans l’acquisition d’une langue. Un enfant exposé à une langue dans un climat sécurisant et positif progressera plus facilement qu’un enfant associé à des tensions ou à une insécurité émotionnelle. La langue est ainsi intimement liée à l’identité, à la relation aux parents et au sentiment d’appartenance.
Est-il vrai qu’il vaut mieux introduire les deux langues dès la naissance ?
Les recherches en neurosciences montrent effectivement que le cerveau de l’enfant est particulièrement réceptif aux langues dès la naissance. Avant 4 ans, il peut absorber plusieurs systèmes linguistiques sans effort conscient. Plus l’exposition est précoce, plus l’absorption de la langue est donc naturelle et fluide.
On entend parfois que le bilinguisme perturbe les enfants et peut retarder l’apprentissage du langage, est-ce vrai ?
Contrairement à certaines croyances, le bilinguisme ne provoque pas de troubles du langage. Les difficultés observées chez certains enfants ne sont pas causées par l’exposition à deux langues. Au contraire, dans certains cas (comme certains troubles du neurodéveloppement), le bilinguisme peut même constituer un levier d’expression supplémentaire.
Quels sont les avantages d’être exposé très tôt à plusieurs langues ?
Le bilinguisme est associé à de nombreux bénéfices cognitifs et sociaux :
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meilleure flexibilité mentale,
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développement des fonctions exécutives,
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capacité d’attention renforcée,
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plus grande ouverture culturelle et empathie,
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meilleure adaptation aux changements.
Pour mieux comprendre le cerveau bilingue, j’aime le comparer à une bibliothèque bien organisée : les fonctions cognitives sont les livres, et les fonctions exécutives s'expriment via le bibliothécaire qui choisit les bons livres pour agir.
Comment favoriser le bilinguisme chez son enfant ?
Pour qu’un bilinguisme soit équilibré et durable, plusieurs facteurs sont essentiels :
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une exposition régulière (idéalement autour de 40 % du temps dans la seconde langue),
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des interactions riches et variées,
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une valorisation de la langue familiale,
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un lien affectif positif avec les deux langues.
Il faut également être patient : devenir bilingue prend entre 1 et 3 ans pour les jeunes enfants, et jusqu’à plusieurs années pour les plus grands.
Qu’en est-il des familles expatriées ?
Pour soutenir le développement bilingue des enfants, je recommande notamment :
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maintenir la langue familiale comme base affective et identitaire,
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multiplier les interactions naturelles dans les deux langues,
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lire des histoires et jouer dans les deux langues,
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éviter de hiérarchiser les langues,
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accepter les mélanges linguistiques (code-switching) comme une étape normale du développement.
Le mot de la fin ?
Le bilinguisme n’est pas un objectif de perfection linguistique, mais un processus vivant, évolutif et profondément humain. Tous les enfants peuvent accéder au bilinguisme, à condition d’un environnement riche, bienveillant et stimulant.
Dans un monde globalisé, grandir avec plusieurs langues est une véritable opportunité : cognitive, culturelle et émotionnelle. Pour les enfants expatriés, c’est aussi une manière unique de construire des ponts entre leurs différentes cultures d’appartenance.